Guy Voyer, ostéopathe DO


 

 

Ostéopathie et inflammation articulaire

 

Tous les jours nous entendons nos patients se plaindre de douleurs inflammatoires : entorses, tendinites, arthrose, maladies rhumatismales, etc.… Est-il judicieux d'utiliser la cryothérapie à tout bout de champ ? Quelle est la meilleure thérapeutique contre cette inflammation ?

Nous connaissons tous les trois phases de l'inflammation : la phase vasculaire, la phase cellulaire et la phase de réparation.

Dans la première phase, le glaçage est intéressant puisqu'il permet de réduire la chaleur, la rougeur et l'œdème grâce à la vasoconstriction conséquente.
Mais cette phase ne dure qu'une demi-journée voire une journée.

Au-delà, la mobilisation liquidienne, par son apport sanguin nécessaire à la migration des leucocytes et par son apport hormonal indispensable à la réalisation du traitement de l'inflammation, nous semble évidente.

Le glaçage est donc à proscrire.

Mais quel est donc le meilleur traitement de l'inflammation dans cette phase ?
C'est évidemment le pompage articulaire qui permet d'augmenter la migration des leucocytes et l'action hormonale vers l'articulation et qui normalise les tensions de la capsule articulaire et des ligaments.
 

Quelques généralités


La membrane synoviale est l’une des structures de l’organisme les plus accessibles au processus inflammatoire.

On parle d’inflammation articulaire dans les rhumatismes inflammatoires, les arthrites infectieuses, les atteintes traumatiques et dégénératives.

L’inflammation peut être pathogène c‘est à dire qu’elle est susceptible de contribuer, à l’aggravation des lésions et à la prolongation des manifestations cliniques.
Les mécanismes de l'inflammation articulaire :

 

Un rappel des mécanismes de l'inflammation articulaire
 

  • phase vasculaire :

 

La phase vasculaire se divise en deux sous-phases :

-- la première sous-phase se caractérise par la modification de la vascularisation locale, entraînant une exsudation plasmatique donc de l'oedème. Répétons-le, le glaçage est la meilleure thérapeutique à ce moment-là.

-- la deuxième sous-phase demande une vasodilatation de la microvasculature avec augmentation de la chaleur et de la rougeur. Il faut donc favoriser la nature non pas en glaçant mais par les pompages articulaires liquidiens.
 

  • phase cellulaire :

 

Elle doit amener les leucocytes pour lutter contre l'accentuation immédiate de l'inflammation. Elle doit amener également des macrophages pour favoriser l'élimination des déchets inhérents à cette action leucocytaire. Que trouver de plus efficace que le pompage articulaire liquidien pour augmenter cet apport des premiers défenseurs de l'organisme contre l'inflammation ?
 

  • phase de réparation :

 

Elle dépend du type de l'inflammation. Est-elle arthritique, arthrosique, catarrhale, sérofibrineuse, hémorragique, purulente ?

Cette phase permet la reconstruction principalement de la membrane synoviale pour éviter à l'articulation une évolution néfaste avec la formation d’un panus, une dégénérescence du cartilage articulaire d’où une dégénérescence des chondrocytes voire une destruction de l’os sous-chondral.

Cette réadaptation de l'articulation au mouvement peut se faire certes par de nombreuses techniques de mobilisation et de rééducation que tout le monde maîtrise, associé bien entendu aux pompages liquidiens articulaires.

 

Pourquoi les pompages liquidiens ?

 

Nous avons vu l'intérêt de la migration des polynucléaires dans les phases initiales de l'inflammation, mais il s'agit aussi d'accentuer le transport des médiateurs hormonaux de l'inflammation.

C’est ce dialogue entre les mains de l'ostéopathe et les tissus enflammés de l'articulation qui vont permettre une meilleure communication avec le processus hormonal de cicatrisation de l'inflammation.

 

Quels sont les principaux médiateurs de l’inflammation ?

 

Le premier est peut-être le facteur Hageman (facteur XII de la coagulation). Son activation se produit au contact de substances variées ; en particulier celles qui ont une surface de structure cristalline ou para cristalline anisotropique.

Ensuite l'histamine, caractérisée par son action explosive et brève entraînant une vasoconstriction et une augmentation de la perméabilité vasculaire, sera stimulée par le glaçage.

L’apport de la sérotonine y est complémentaire.

Les quinines ont un rôle fondamental mais extrêmement bref ; elles déclenchent la vasodilatation, augmentent la perméabilité vasculaire, et une hypotension artérielle locale.

C'est un des médiateurs qu'il faut rapidement stimuler par le pompage articulaire liquidien. Les prostaglandines interviennent dans le même sens, ont une durée d'action qui prend le relais des quinines. Il faut donc stimuler leur apport par le pompage articulaire.

Le complément participe aux phases vasculaire et cellulaire.

Enfin, les médiateurs à action cellulaire ont pour rôle essentiel le contrôle de la migration cellulaire et celui de la phagocytose.

Tous ces médiateurs qui ont également un rôle important dans la phagocytose des déchets produits par l'inflammation se doivent d'être activés, stimulés, augmentés.

 

Qu'est-ce que le pompage articulaire liquidien ?

 

C'est un travail tissulaire indolore mis au point par divers ostéopathes et qui demande une bonne connaissance de l'anatomie des fasciae, de la biomécanique et du M. R. P. (mouvement respiratoire primaire).

Quand on travaille sur un liquide synovial, le mouvement peut être proprement articulaire mais dès que l'on travaille sur la cicatrisation ligamentaire (arthrose) ou synoviale (rhumatisme inflammatoire) il convient de respecter l'intégrité de ses fasciae et de solliciter un rythme propre ou M. R. P.

Tous ces mouvements sont lemniscatoires. La stimulation liquidienne se fait avec une main qui écoute les tissus et l'autre qui agit sur l'induction des liquides dans ces tissus soit par stimulation soit par inhibition. Il se crée alors un gradient de pression d'aspiration ou de propulsion qui va engendrer le déplacement de liquide et la stimulation hormonale demandée.

Il existe environ 600 pompages articulaires très ciblés, pour agir électivement donc efficacement sur l'articulation donnée.

Ils peuvent être pratiqués quel que soit le type d'inflammation : purulente, hémorragique, microcristalline etc.

Mais attention ! S'il existe autant de pompages c'est qu'on ne parle pas d'articulation à traiter mais de ligaments, de fasciae à traiter.

 

Il faudra donc une excellente maîtrise de la technique.

 

Exemple de pompage précis

 

Pompage du repli pectinéo-fovéal d’Amantini sur une coxarthrose : travail possible en phase cellulaire, en face de réparation et sur les séquelles de l'inflammation.

 

1- départ en abduction + rotation interne de hanche

 

2- rotation externe + flexion de hanche actives sur un temps inspiratoire

 

3- descente du grand trochanter, rotation interne et
     adduction de hanche passives

Attention : ce pompage est donné à titre d'exemple et demande une excellente maîtrise de la technique; il est interdit de le pratiquer sur une prothèse de hanche pour éviter tout risque de luxation.