Guy Voyer, ostéopathe DO


Accueil

 

 

Intérêts des Pompages après une entorse externe
de la tibio-tarsienne

Guy Voyer et Christine Flesia, Académie Sutherland d'Ostéopathie France

Article publié par
www.fmtmedical.com
No 74, mars-avril-mai 2005


FMT Mag se veut une revue plurielle, elle est attentive à tous les écrits. Deux collègues ont joint leurs efforts pour nous expliquer l’intérêt d’une technique spécifique et ostéopathique capable d’éviter les récidives d’entorse de cheville. Je n’ai aucun doute sur leur volonté d’être efficaces pour leur patients, mais je reste insatisfaite sur les supports théoriques qui devraient étayer leur argumentaire, c’est un premier article dans notre revue, je suis persuadé que les suivants seront plus incisifs et que vos questions dans notre courrier les inviteront à plus de rigueur. Marthe BENA


L'entorse externe de la tibio-tarsienne est l'un des motifs de consultation les plus fréquents dans les cabinets de kiné. Comment pouvons-nous traiter le plus efficacement possible ce traumatisme ?

Et surtout comment faire pour éviter d'une part la récidive, souvent plus grave que la première entorse ; et comment empêcher d'autre part ses répercutions sur le reste du corps ?

En quoi le pompage est-il primordial ?

Bien entendu, il faudra une excellente maîtrise de la technique ; s'il faut 4 jours de séminaire pour comprendre et pratiquer une centaine de techniques de pompage, il faut des mois de pratique personnelle pour en maîtriser tout le potentiel.

 

Quelle est la définition ostéopathique de l'entorse ?
C'est principalement un varus subit et exagéré qui, étant donné les axes de mobilité de la tibio-tarsienne et de l'astragalo-calcanéenne, entraîne un étirement du faisceau antérieur du ligament latéral externe de la cheville ; mais surtout, une lésion céphalique du fût fibulaire.
Tout le monde s'accorde sur l'importance de la mortaise tibio-péronière.
Mais pour que celle-ci fonctionne correctement, il faut une bonne mobilité du fût fibulaire dans le sens caudo-céphalique et céphalo-caudal.
Or, la fibula (ou péroné) doit l’orientation de sa tête, aux six ligaments suivants :
- L’expansion tibiale du muscle biceps crural,
- Le ligament latéral externe,
- Le tendon du muscle biceps crural,
- Le ligament fabelo-fibulaire,
- Le ligament fibulo-tibial supérieur,
- Le ligament de Barkow.
(Voir ces ligaments sur une vue post-ext du genou).

Or, comme la lésion est maintenue par un seul de ces ligaments, une instabilité de la cheville persiste et c'est la récidive assurée. Il est donc facile d'en déduire le traitement : avant tout traitement classique, il convient de normaliser ces moyens d’unions.

 

Rappels concernant l'inflammation :
Il y a 3 phases dans l'inflammation articulaire :

-La phase vasculaire qui se divise en 2 sous-phases :
La première sous-phase se caractérise par la modification de la vascularisation locale, entraînant une exsudation plasmatique donc de l'oedème. Comme nous l'avons expliqué dans l'article précédent, le glaçage est la meilleure thérapeutique à ce moment-là.

La deuxième sous-phase demande une vasodilatation de la microvasculature avec augmentation de la chaleur et de la rougeur. Il faut donc favoriser la nature non pas en glaçant mais par les pompages articulaires liquidiens.

-La phase cellulaire :
elle doit amener les leucocytes pour lutter contre l'accentuation immédiate de l'inflammation. Elle doit amener également des macrophages pour favoriser l'élimination des déchets inhérents à cette action leucocytaire. Que trouver de plus efficace que le pompage articulaire liquidien pour augmenter cet apport des premiers défenseurs de l'organisme contre l'inflammation ?

-La phase de réparation :
Elle dépend du type de l'inflammation. Est-elle arthritique, arthrosique, catarrhale, sérofibrineuse, hémorragique, purulente ?

Cette phase permet la reconstruction principalement de la membrane synoviale pour éviter à l'articulation une évolution néfaste avec la formation d’un panus, une dégénérescence du cartilage articulaire d’où une dégénérescence des chondrocytes voire une destruction de l’os sous-chondral.

Cette réadaptation de l'articulation au mouvement peut se faire certes par de nombreuses techniques de mobilisation et de rééducation que tout le monde maîtrise, associées bien entendu aux pompages liquidiens articulaires.

 

Qu'est-ce que le pompage articulaire liquidien ?
C'est un travail tissulaire indolore mis au point par divers ostéopathes et qui demande une bonne connaissance de l'anatomie des fasciae, de la biomécanique et du M. R. P. (mouvement respiratoire primaire).
Quand on travaille sur un liquide synovial, le mouvement peut être proprement articulaire mais dès que l'on travaille sur la cicatrisation ligamentaire (arthrose) ou synoviale (rhumatisme inflammatoire) il convient de respecter l'intégrité de ses fasciae et de solliciter un rythme propre ou M. R. P.
Tous ces mouvements sont lemniscatoires. La stimulation liquidienne se fait avec une main qui écoute les tissus et l'autre qui agit sur l'induction des liquides dans ces tissus soit par stimulation soit par inhibition. Il se crée alors un gradient de pression d'aspiration ou de propulsion qui va engendrer le déplacement de liquide et la stimulation hormonale demandée.

Il existe environ 600 pompages articulaires très ciblés, pour agir électivement donc efficacement sur l'articulation donnée ; il en existe une vingtaine pour la cheville.


Traitement de l'entorse externe de la tibio-tarsienne :
Il n'existe pas de "recette de cuisine " en ostéopathie.
Mais laisser le lecteur sans exemple concret nous semble difficile.

Au minimum, le praticien devra :
- Pomper la tibio-fibulaire inférieure,
- Pomper la tibio-astragalienne antérieure et postérieure,
- Pomper la sous-astragalienne,
- Pomper le sinus du tarse.

Il poursuivra par un travail proprioceptif complet de :
- La tibio-astragalienne,
- L'astragalo-calcanéenne,
- La péronéo-astragalienne.

Bien entendu, ce travail se fera en lien lemniscatoire avec le genou et la hanche a minima.

En complément, selon les lésions associées propres à chaque traumatisme, d'autres pompages seront incontournables : par exemple, pompage scapho-cuboïdien, pompage scapho-calcanéen, pompage du ligament Y...

De même, s'il existe une vingtaine d'articulations dans le pied, il existe au moins autant de proprioceptions différentes ; notez que classiquement, on n'en travaille qu'une seule sur le plateau de Freeman.


Le praticien n'oubliera pas de :
- Pomper la tibio-fibulaire supérieure,
- Faire faire régulièrement un étirement myo-fascial du biceps crural pour renforcer la liberté de mouvement du péroné.

 

Exemples de pompages précis :


I- Pompage de la tibio-tarsienne en décoaptation axiale


1- Position de départ

2- Position d'arrivée

Attention : ce pompage est très puissant et demande une maîtrise
parfaite de la technique !!


II- Pompage du sinus du tarse

 

1- Position de départ

2- Position d'arrivée



III- Normalisation du ligament de Barkow

 

1- Position de départ

2- Position d'arrivée


IV- Etirement myo-fascial du biceps crural